01 mai 2011

Rhinocéros de Ionesco. Mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota.

Une pièce de théâtre sur la montée du fascisme n’est pas chose rare, que l’on pense à Casimir et Caroline mis en scène par le même Emmanuel Demarcy-Mota, aux multiples adaptations d’Inconnu à cette adresse, ou bien sûr aux pièces de Sartre et Camus… Intérêt réel pour une période historique que l’on voudrait comprendre pour ne plus qu’elle recommence ou tendance au voyeurisme macabre, le public répond toujours présent. Et quand c’est Rhinocéros de Ionesco, d’autant plus.

Pourtant, au premier abord, l’allégorie peinte par le dramaturge franco-roumain ne se caractérise pas par sa subtilité.  Le rhinocéros, cet animal au cuir épais, aux teintes uniformes et sombres, à la force herculéenne détruisant tout sur son passage est une image claire du fascisme montant. La tonalité fantastique de la pièce rend le message plus limpide encore : peu à peu les habitants de la ville se transforment en rhinocéros. Le fascisme est incarné, ce n’est plus une idéologie abstraite, il décime tout, physiquement.

Avec la lourdeur du pachyderme qu’il met en scène, Emmanuel Demarcy-Mota accentue le trait épais de l’allégorie. Gestuelle burlesque des acteurs (on court, on tombe, on s’accroche à la jambe du voisin et on tombe la tête la première entre les seins de la voisine), cris, rien n’est épargné. La transformation de Jean en rhinocéros aux yeux du public n’est pas plus subtile. La voix rauque de l’acteur est amplifiée (souvent à contre temps !) par un ingénieur du son, sans doute endormi.

Il faut attendre le dernier acte pour que le plateau enfin épuré laisse entendre la complexité qui se dégage des beaux personnages écrits par Ionesco. Certes Béranger se distingue dans l’œuvre car lui seul ne subit pas la métamorphose. Mais tous, la belle Daisy, le brillant Dudard, le révolté Botard ont cette singularité qui fait la tragédie de l’aliénation à un groupe. Quand enfin la meute d’acteurs cesse de gesticuler, on entend tout le dilemme intérieur de chaque personnage. Celui-ci fait alors écho à celui que nous vivons dans notre actualité et là, soudain, la question posée par Ionesco devient terriblement moderne. Béranger et Daisy croient se protéger en se serrant l’un l’autre, pensant que s’ils laissent les autres libres de faire et de penser ce qu’ils veulent, on les laissera libres de s’aimer. La libre-pensée à tous prix (Robert Ménard et son Vive Le Pen ! n’est pas loin….), l’incrédulité de certains, le bavardage vain des autres tout ce qui laisse monter le fascisme est montré du doigt par Ionesco sans allégorie, avec des mots simples. Voilà ce qui fait la grandeur de cette pièce et ce à côté de quoi a failli passer le spectacle du théâtre de la Ville.

Lou Grézillier.

 

Jusqu’au 14 mai au Théâtre de la Ville.

Posté par Lougrezillier à 18:48 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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