Par « catégorie 3.1 » l’administration de la ville de Stockholm désigne ceux qui vivent dans la marge. Dans la pièce de Lars Norén du même nom (« catégorie 3.1 ») drogués, prostitués, psychotiques et chômeurs peuplent Sergelstorg, une place du centre de Stockholm. En s’inspirantant de ce texte, Krystian Lupa met en scène l’existence violente et rongée d’idéaux inaccessibles de ces exclus de la société. Une quinzaine de comédiens déambulent, se shootent, monologuent ou se parlent sans véritablement échanger dans un souterrain nauséabond transformé en squat. Ils attendent, sans trop savoir quoi. Très vite, les personnages s’adressent au public, resté dans la lumière, comme inclus dans cette situation désespérée. Sauf que voilà, nous assistons aux shoots d’héroïne sans les vivre. A l’aise dans nos confortables fauteuils, nous ne ressentons ni la faim ni la soif qui tiraillent ces clochards. Quoique sans jugement, nous sommes voyeurs.

Ce soir-là je me suis garée près d’un clochard étendu par terre et je n’ai pas osé le regarder véritablement. Ce soir-là aussi, l’un des spectateurs, frappant des mains sans raison, sifflant parfois, puis faisant de grands gestes, manifestait de toute évidence des troubles mentaux. Et les spectateurs près de lui, moitié riant, moitié gênés, semblaient avoir bien du mal à supporter sa présence. Le théâtre n’est pas la vraie vie, et le réalisme cherché dans le spectacle semblait être une piste maladroite. Croire que ces personnages marginaux nous parlent de nous est une illusion. Et les longueurs qu’impliquent ce réalisme sont parfois pénibles dans le spectacle.

Plus intéressantes sont les recherches et expériences sur la langue elle-même dans le texte de Lars Norén et leur exploitation par Lupa. Que devient le langage lorsqu’il doit exprimer le désarroi absolu, l’état de manque où le corps devient dominant, la schyzophrénie où les idées se bousculent ? Dans ce cadre, les vidéos présentant les monologues des personnages donnent à ces derniers une profondeur considérable en laissant libre-champ au flot de leur parole.

Salle d’attente est donc un spectacle à voir si l’on veut bien éviter de croire à l’effet de miroir imposé par Krystian Lupa.