26 mars 2011

Ma chambre froide de Joël Pommerat.

On le reconnaîtrait entre mille ce style si particulier de Joël Pommerat, cette écriture de plateau qui caractérise tous ses spectacles. Comme dans sa précédente création (Cercles/fictions), Ma chambre froide est rythmé par les noirs profonds et les apparitions subites de personnages étranges et dérangeants plongés dans des effets de lumières si beaux qu’ils semblent brodés sur la scène.

Un patron tyrannique apprend qu’il est atteint d’une maladie grave et décide de léguer à ses employés le magasin dans lequel ils travaillent, mais aussi une cimenterie, un abattoir et un bar. Un cadeau encombrant pour ces adversaires convaincus du patronnât, confrontés à la nécessité de se concerter avec les autres héritiers, ces associés qu’ils n’ont pas choisis. Seule Estelle semble tirer parti de cette situation : certes le travail est éreintant et son statut de souffre-douleur dans l’équipe du magasin est loin d’être remis en question mais le plaisir qu’elle prend à créer une pièce de théâtre en mémoire du patron donateur semble immense.

Joël Pommerat s’amuse alors à montrer au public deux visions contraires du théâtre : pour les employés du magasins le spectacle exigé par leur ancien patron en échange de son don est un prix bien trop lourd à payer. Une fois leur journée finie, les voilà qui doivent enfiler des déguisements absurdes et se retrouvent un soir, le pistolet sur la tempe, obligés de hurler « J’aime le théâtre ! » (une scène exquise et hilarante). Mais pour Estelle, le théâtre est un exutoire à un monde qu’elle souhaiterait différent. Quel formidable moyen de changer les autres et de se changer soi-même !... jusqu’à en nier la réalité. L’intrigue construite autour du personnage énigmatique d’Estelle est saisissante jusqu’aux dernières minutes de la pièce. On rit bien sûr, comme toujours chez Pommerat, mais on est aussi suspendus aux lèvres des comédiens pour découvrir l’issue du polar.

Une fois n’est pas coutume, Joël Pommerat a donc fondé son spectacle sur un schéma narratif complexe. Le découpage en séquences courtes ne dissémine pas le propos comme cela avait pu être le cas (avec bonheur !) pour Cercles/fictions. Au contraire, les séquences construisent les personnages en leur donnant progressivement corps, pour peu à peu compléter un puzzle mystérieux. Cette capacité à donner à voir en quelques secondes l’ambiance d’une entreprise, le rapport de violence contenue entre les travailleurs est sans doute la principale qualité de Joël Pommerat et de ses comédiens, tous admirables. On regrette donc certaines scènes répétitives et inutiles qui soulignent de manière un peu lourde ce que le savoir-faire de Pommerat n’a plus à démontrer.

Lou Grézillier

 

Durée : 2 heures. Jusqu’au 28 mars au Ateliers Berthiers. A Arras les 12 et 13 mai. Reprise à Paris lors de la saison 2011-2012 et en tournée en région.

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