07 décembre 2010

Rêve d'automne, Jon Fosse. Mise en scène Patrice Chereau

La scène représente deux salles du Louvre. Tout y est : la marqueterie du plancher et les grandes toiles suspendues à des hauteurs vertigineuses. Le spectacle qui a été créé au Louvre en novembre a d'ailleurs ce mélange de charme nostalgique et d'austérité froide que l'on trouve dans les salles du musée les moins visitées. Car le musée où se retrouvent la femme et l'homme après plusieurs années de séparation n'a rien du circuit qu'empruntent Japonais et Américains pour aller voir la Joconde. C'est un musée où les tableaux sont des fantômes que regardent d'autres fantômes, les personnages. A vrai dire, Jon Fosse n'avait pas pensé à un musée mais plutôt à un cimetière pour le cadre de son Rêve d'automne. Pour Chéreau, c'est pareil, et l'on adhère totalement à cette lecture du texte. Ces lieux sont les écrins d'une vanité toujours obsédante. La passion amoureuse est bien fragile devant la mort qui anéantit toute une lignée : la grand-mère paternelle, le père, l'enfant et le personnage principal lui-même.
Valéria Bruni-Tedeschi et Pascal Gréggory nous servent une belle partition, difficile à entendre cependant dans la première partie tant que la voix si particulière de la comédienne n'est pas échauffée. Mais seule Bulle Ogier qui interprète la mère parvient à faire exister les variations entêtantes de Jon Fosse sur une même phrase. Elle leur donne une couleur à côté de laquelle les mots des autres acteurs paraissent souvent ternes ou étouffés. Jon Fosse est un auteur pénible si l'on ne se bat pas avec sa langue monotone et si l'on ne donne pas raison à l'énergie de l'être humain devant le désespoir de sa condition. 

Lou Grézillier.

Au Théâtre de la Ville jusqu'au 25 janvier.
 

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